
Lycée François Arago
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Exposition Murakami au château de Versailles - dimanche 12 décembre 2010
Par Mme Valencia, professeure documentaliste Le 14 décembre 2010
« Murakami et Cie n’ont rien à faire au Château de Versailles ! », « Non aux Mangas au Château de Versailles » : voici quelques slogans brandis par les manifestants réunis devant le château de Versailles le 14 septembre, premier jour de l’exposition d’œuvres de l’artiste japonais Takashi Murakami. Une exposition qui a déclenché une vive polémique… Les œuvres du nippon, ces grandes figurines en résine aux couleurs vives, sont-elles de l’art ? Sont-elles seulement belles ou véhiculent-elles un message ? Ce dimanche 12 décembre, dix membres du club manga du lycée François Arago ont traversé Paris pour assister à une visite commentée. L’occasion également pour eux de (re)découvrir le splendide château…
Dans le respect du droit d’auteur, nous ne pouvons publier les photographies des oeuvres de Murakami. Vous pouvez néanmoins les voir sur le site du château de Versailles ou sur Pulpstation par exemple.
Qui est Takeshi Murakami ?
Cet artiste a reçu une formation picturale traditionnelle à l’université des Beaux-arts et de la Musique de Tokyo. Cependant, très vite, il décide de suivre une voie plus moderne. Il se situe dans la lignée du Pop art. Ce mouvement artistique, né dans les années 50 en Grande-Bretagne, vise à valoriser la culture populaire en sublimant des éléments du quotidien : la bande-dessinée, les icônes du cinéma américain… Sa production artistique est proche de celle de Jeff Koons - dont les œuvres ont également été exposées au château de Versailles, en 2008, suscitant une polémique similaire.
[Image sous licence créative commons ; auteur : Yamashita Yohei]
« Tongari-Kun » (en anglais : « Mister Pointy »
Cette œuvre était exposée dans le « salon d’Hercule ». Ce salon a été construit spécialement pour abriter la colossale œuvre de Paolo Veronese, « Le repas chez Simon » (voir ci-après). Malheureusement, Louis XIV est mort avant d’avoir vu le salon achevé…

Pourquoi « Tongari-Kun » a été exposé dans cette salle ? Pour des raisons pratiques : avec ses sept mètres de haut et ses deux tonnes, l’œuvre est imposante ! Pour des raisons esthétiques également, affirme le conservateur Laurent le Bon : « "Des milliers de couleurs sont utilisées, et pour cette œuvre, quatre ans de travail furent nécessaires. Comment ne pas y voir un rapport avec l’extraordinaire peinture du plafond, peinte par François Le Moine, qui surplombe cette sculpture ?" ». En effet, le plafond du salon représente « L’Apothéose d’Hercule », peint par François Le Moine qui s’est suicidé quatre ans après…

Que représente « Tongari-Kun » ? Commandé par un hôpital pédiatrique, ce colosse aux couleurs vives est destiné à être exposé dans un mouroir pour enfants. Il s’agit d’un « yôkaï » : un esprit qui, selon la religion shintoïste, peuple l’univers des hommes. Les yôkaï ont souvent été représentées dans les estampes et sont mis à l’honneur dans les dessins-animés de Shigeru Mizuki, également auteur de Non non Bâ (primé deux fois au festival d’Angoulême).
Les bras de « Togari-Kun » représentent les multiples bras de Bouddha ; l’antenne qu’il porte sur la tête la communication avec l’au-delà. Il repose sur un socle qui représente une grenouille, celle-ci symbolisant la sagesse dans la tradition bouddhiste. Il est d’apparence inoffensive mais dans son dos, une petite tête noire toute dents dehors rappelle qu’il peut être hostile à l’homme…
[Une estampe de Kawanabe Kyosai représentant des yôkaï (XIX° siècle)]
« Oval Buddha Silver »
Cette représentation de bouddha est en argent massif. Un autre « Oval Buddha », plus grand et en or, était exposé dans les jardins du château. Le personnage « Oval » a été créé dans les années 2000 pour le styliste Issay Miyake. Il s’inspire du personnage d’Alice au pays des merveilles « Humpty Dumpty ». Il s’agit d’un Buddha aux yeux fermés, en méditation. Il repose sur un socle composé d’une tortue et d’un nénuphar, symboles du bouddhisme. Mais derrière sa tête se dessine une large bouche aux dents acérées signifiant qu’il faut toujours se méfier d’un dieu…
« Kaikai » et « Kiki »
Ce sont les deux protagonistes d’un dessin animé primé au festival de Venise en 2003. Leurs noms sont écrits sur leurs oreilles. Ce sont des « kawaï », comme Pikachu par exemple : des personnages en apparence vulnérables mais qui possèdent en réalité des pouvoirs magiques. Ces deux personnages si mignons sont d’ailleurs armés de lances ornées de têtes de mort… A Versailles, ils étaient exposés dans la salle des gardes du roi, entourant la statue de Louis XIV comme pour le protéger.
« Pom & me »
Cette sculpture est un auto-portrait : Murakami se représente avec son chien. C’est la deuxième fois que l’artiste se représente : la première fois, il l’avait fait en argent. Cette fois-ci, il s’intègre parfaitement lui-même au sein de l’univers manga.
« Jellyfish eyes »
Exposés dans la salle de mars, il s’agit de trois héros d’un dessin-animé long-métrage en cours de réalisation. L’un des personage est chinois, il intègre une école japonaise et est victime de racisme. Le dessin-animé évoque des questions d’identité et de discriminations.
« Kinoko isu »
Il s’agit de plusieurs séries de champignons. Il en existe plus de 500 ; seuls deux séries étaient représentées à Versailles. Ces champignons déformés et pourvus d’yeux font référence à la bombe atomique
« Yume lion » (en anglais : « dream lion »)
Cette œuvre a été créée spécialement pour la salle du trône, dans laquelle elle était exposée. Murakami s’est inspiré des chenets de la cheminée, représentant deux lions en or. A l’origine, c’est la mascotte d’une chaine de télévision japonaise.

« Flower matango »
Exposée dans la galerie des glaces, cette œuvre représente des « sakuras » (des fleurs de cerisier). Les fleurs sont souriantes, colorées mais Murakami les présente comme des objets meurtriers. « C’est mon Godzilla » affirme-t-il…
« Mister dob »
Ce personnage, créé par Murakami, s’inspire de Mickey mouse. Il est très crédule et doit sans cesse se défendre contre ceux qui tentent d’abuser de lui. Ici, il est représenté sous son aspect le plus agressif possible. Dans sa gueule se trouvent des objets qui représentent les Etats-Unis : des baskets, une bouteille de soda, un paquet de chips… Ces objets du quotidien, prêts à être dévorés, sont fabriqués en pierres précieuses afin de les élever au rang d’œuvres d’art.
« J »
Cette œuvre au nom énigmatique représente un SD : un personnage « super déformé » tel qu’on en voit dans les mangas. Il porte une couronne d’épines, comme le Christ, et sa chevelure représente des crânes.
« The emperor new clothes »
Cette œuvre s’inspire d’un conte d’Andersen, Le roi nu. Dans ce conte, deux couturiers proposent à l’empereur de lui créer des habits que, disent-ils, seules les personnes intelligentes peuvent voir. Crédule, le roi accepte et ni lui ni ses courtisans n’osent avouer qu’ils ne voient rien. Il est ainsi amené à défiler devant le peuple, totalement nu, jusqu’à ce qu’un enfant souligne la supercherie… A travers cette œuvre, Murakami critique l’empereur du Japon. Il l’a d’ailleurs exposée dans la salle du sacre où se trouve le célèbre tableau de David, « Le sacre de Napoléon » (ci-après).
